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Kristel et Canastel des villages près d’Oran

Canastel est le nom hispanisé de Krichtel.

Lorsque les espagnols rencontrèrent les Krichtels pour la première fois, au début du XVème siècle, à l’occasion de l’achat de légumes, fruits, poissons, et que ceux-ci se nommèrent, ils ont traduits, Krichtel par Canastel. Difficulté de compréhension, erreur de transcription ou simplement facilitation de prononciation comme le soulignent les linguistes. Les mots se transforment, vivent et évoluent et Krichtel devint Kristel.

Canastel ou Kristel désignaient à l’origine le même lieu, selon la chronique de voyage du docteur Shaw en 1730.  A l’époque, on donnait ce titre en Angleterre aux médecins, aux membres du Barreau, aux membres du Clergé. Savant, ecclésiastique, chapelain de la factorie anglaise, il a visité Oran et sa région en 1730, et a écrit une relation de ses voyages, parue en 1743.  Peut-être était-il aussi un peu espion?  On connaît les sentiments fraternels qui unissent la perfide Albion à la douce France, n‘est-ce-pas?

Les Oranais connaissent deux endroits différents. Tous les deux situés sur la côte à l’Est d’Oran. L’un Canastel, distant de 7 kms après le quartier de Gambetta, dont on parlera plus bas, et l’autre Kristel ou Krichtel des anciens qui se trouve à environ 25 Kms.  On s’y rendait avec la compagnie des cars Faz et Marchado qui assuraient la liaison entre Oran et Kristel, par St Cloud, Canastel et Aïn Franin. Après l’arrivée des Français, les villageois allaient vendre leurs produits aux Halles de Cuvelier, un quartier d’Oran, situé au Sud-Est  entouré des quartiers de La Cité Petit, du Foyer oranais, de Brunie et de Choupot.

KRICHTEL  ou Kristel

Etude onomastique

Krichtel ou Kristel serait la contraction de 2 mots berbères : Krich = Ventre et  Tell = La montagne. D’où Krich/Tell qui signifierait :   ”Le ventre de la montagne”.  Quand on connaît le lieu, cette explication est plausible. Une pointe rocheuse qui s’avance dans la mer, entourée de deux plages, l’une de galets et l’autre de sable, Sidi Moussa et Tamda (Santa).

L’Origine du Nom

Kristel doit son nom aux premiers habitants du lieu : Les Krichtels ou Krichteuls.

Ceux-ci appartiennent à la tribu des Beni Amer, originaires de la région de Ghazouan près de Taïf, une ville près de Djedda, qui se trouve à trois journées de la Mecque. Ils sont les descendants des Zénètes de la branche des Maghroua issue elle-même des Ouled Rached, installés dans une partie du Maroc et en Oranie.

Le Nom de Krichtel vient de l’ancêtre de la tribu qui s’appelait : Krichtel ben Mohamed ben Tabet ben Mendil ben Abderrahmane el Maghraoui. Charles André Julien, dans son Histoire de l’Afrique du Nord parue en 1975, nous éclaire à ce sujet. Il écrit: « Les Zénètes ou Zénatas sont de nouveaux venus au Maghreb par rapport aux anciennes tribus Berbères. Ce sont de grands nomades chameliers qui n’avaient aucune racine dans le pays, aucune solidarité dans la vieille Afrique. Pasteurs nomades ou transhumants Kharijites au Xème siècle, ils ont lutté contre les sédentaires Sanhadjas pour asseoir  leur suprématie à l’ouest du pays. La Zénétie centrale comprenait une partie du Maroc et l’Oranie”.

L’émir Abd el Kader appartenait à cette Tribu- il vivait près de ma’Asker littéralement la mère des soldats (Mascara) au lieu-dit les Guethnas (les Tentes). Ce mot  Guethna  est le pluriel de  Guitoune, que nous avons adopté pour désigner une tente militaire.

On comprend mieux la relative indépendance de la tribu des Krichtel par rapport à celles des Smelas et Douaïrs des environs d’Oran, qui appartenaient aux tribus sédentaires des Sanhadjas.  Les Zénètes et les Sanhadjas constituant les deux grandes familles de Berbères en Algérie.?€??€?Les écrits de “El Mécherfi de 1764, traduits par Marcel Bodin, démontrent les origines des «Krichtel « et leurs déambulations en Algérie pour se fixer enfin à l’ouest bien avant l’arrivée des espagnols. La traduction de Monsieur Marcel Bodin est somptueuse, à titre posthume, qu’il en soit ici remercié. Marcel Bodin né à Mostaganem en 1875 et mort dans la même ville en 1956. 

Les Villageois

Les Krichtel comptent vers le milieu du 16 ème siècle une population forte d’environ 90 habitations c’est-à-dire plus ou moins 450 individus, ce qui est faible en regard des Smelas et des Douairs qui vivaient près d’Oran, aux abords de Kargentah.  Cela peut expliquer en partie qu’ils se soient ralliés aux espagnols,  dès leur arrivée au XVIème siècle sur les côtes d’ Oranie, bien que les raisons profondes remontent plus avant dans leur histoire.  On l’a vu plus haut.

Le Village de Krichtel

En se déplaçant vers l’est, à quelques lieues d’Oran, environ 25 Kms, se trouve  Kristel. Ce petit village qui fait face à la mer, est situé dans un champ d’oliviers au pied de la montagne des lions, le djebel «Khar” des arabes, au sud du cap Ferrat abrité par la pointe de l’aiguille. On y accède par une route en lacets qui descend vers la mer. Ses habitants étaient des cultivateurs, devenus aussi des pêcheurs-cultivateurs puis maraîchers. Les figuiers aux branches tortueuses et envahissantes,  chargés de délicieuses figues vertes ou noires attestent de la présence dans la terre d’une eau abondante. Deux sources  miraculeuses dans cet endroit désert. L’une descend de la montagne des lions et vient irriguer les beaux jardins qui se déploient en étages jusqu’à la mer, l’autre source dite «de Sidi Moussa».  Dans tous les lieux de cette côte d’Afrique, où se trouvait l’eau, se trouvait aussi l’homme. Ainsi pour la fondation d’ Oran en 902,  et sa source de Raz el Aïn.

Les Espagnols occupent Oran après leur victoire sur le roi de Tlemcen le 17 Mai 1509 par les armées du Cardinal Ximenes  commandées par Pedro Navarro, jusqu’en 1708. Les Turcs reprennent la ville jusqu’en 1732. Le 1er Juillet 1732, après la victoire remportée à Aïn el Turc par le comte de Montemar. Oran  est reprise au Dey de Mascara jusqu’en 1792, soit 2 ans après le terrible tremblement de terre qui détruisit pratiquement toute la ville.   Malgré ce tremblement de terre, la ville assiégée, a résisté aux assaillants. C’est le traité signé à Alger avec le Dey, qui abandonne la ville et non une défaite militaire. Les Beys de Mascara s’installent alors à Oran de 1792 jusqu’à l’ arrivée des français.  le 4 Janvier  1831.

Au temps de l’occupation espagnole d’Oran, les villageois de Kristel approvisionnaient par bateau les habitants de la ville et la garnison.  Outre les légumes, fruits, poissons, comme on l’a déjà dit, ils vendaient aussi des cires et surtout des esclaves. Oran est un préside c’est-à-dire un bagne, duquel on ne pouvait sortir par terre, ni s’approvisionner, sinon par la force. Pour reconnaître leurs alliés de leurs ennemis, les espagnols les tatouèrent. Les tribus des Douairs et Smelas qui occupaient le plateau du Kheneg en-netah, lieu où l’on tue les taureaux, ou le marché aux bestiaux, l’actuel Karguentah, ne pouvaient tolérer ces incursions d’autant que cette tribu était l’alliée de l’occupant. Quelquefois pour éviter les attaques des tribus de Karguentah, les Krichtels étaient obligé de se réfugier dans les grottes qui se trouvaient au pied des falaises de l’actuel Château-neuf, ou de rebrousser chemin par la mer.

TEGHTI et Renseignements

Pourtant alors qu’ils sont peu nombreux, ils sont  forts et redoutables. A côtés de leurs occupations majeures, le commerce, la pêche et le maraîchage, ils pratiquent le “Teghti” c’est -à- dire le rapt, ou comme le dit si joliment el Mécherfi : ” l’enlèvement subreptice ”. Ils fournissaient aux espagnols des renseignements sur tel ou tel Douar, ou sur tels ou tels individus, soit qu’ils enlevaient eux-mêmes, soit qu’ils bénéficiaient en retour  du fruit de la Razzia opérée par les sorties de “commando” d’une partie de la garnison espagnole. Cette sortie devait être extrêmement bien préparée et minutieuse. Les douars attaqués se trouvaient quelquefois fort éloignés d’Oran, et sitôt les enlèvements commis, il fallait rentrer à  bride abattue pour éviter les attaques d’autres tribus amies venues à la rescousse. Cela était souvent possible grâce aux bons renseignements des Krichtels.

Eux-mêmes procédaient de la sorte: ils se munissaient d’une ceinture de cuir, attaquaient leur victime en lui plaçant la ceinture dans la bouche et l’amenaient de nuit sur la place d’Oran, où ils la vendait aux espagnols. Que Dieu les maudissent, les confondent et en purgent la terre! s’exclame le pieu El Mécherfi . Un Musulman vend un  Musulman à l’infidèle abhorré.

Soit dit en passant,  les espagnols loin de leur sol adoptaient les modes de vie du lieu et s’enrichissaient de la vente des prisonniers. Ils avaient coutume de baptiser et d’élever ensuite dans la religion chrétienne les enfants en bas âge capturés au cours d’une razzia. Pour cette occasion le vicaire général et le capitaine général de la place assistaient aux pompes et donnaient un nom aux enfants nouvellement baptisés qui formaient ainsi le groupe des nouveaux chrétiens.

CANASTEL

L’origine du nom de Canastel  près d’Oran, vient comme l’a vu, de sa proximité avec le  village de Kristel duquel il n’est éloigné que d’une dizaine de kms. Avec le temps est parvenu jusqu’à nous les deux noms: le vrai et sa déformation. Le même nom a été aussi donné à une pointe de terre, nommée  Ahmeur Dekenah (pente rouge) ou Cabo Rojo (cap Rouge ou cap Roux), d’autres disaient Cabo rousso.  Si bien que l’on trouve dans le prolongement en venant d’Oran, la pointe de Canastel, Kristel, la pointe de l’aiguille, le Cap Ferrat, le cap Carbon puis près du fort de la pointe, le village d’Arzew qui ferme la boucle à l’Est de cette presqu’île, annonçant les fameuses plages de Damesme, Saint Leu et  Port aux Poules.

Le lieu-dit Canastel  qui se trouve près d’Oran à environ 7 kms après le quartier de Gambetta  est un lieu de création récente. Il a été créé au cours de l’année 1930, écrit Eugène Cruck en 1939, par trois de nos concitoyens, MM Rico, Dordé et Soler qui n’hésitèrent pas à immobiliser une petite fortune, là où il n’y avait qu’un plateau couvert de broussailles, et de genêts odorants.

Très rapidement apparaissent dans ce lieu huppé, pour les riches et les nantis, de luxueuses constructions comme Le “Grand hôtel” de 30 chambres dont une façade s’élève à pic à 200 mètres au-dessus de la mer, inauguré en 1925. Il possédait une vaste terrasse d’où l’on pouvait admirer la baie d’Oran.  La magnifique vue que l’on avait du haut de son promontoire, et sa proximité de la ville faisait que ce lieu de rêve était très fréquenté par la haute société oranaise, et les notables de passage. La station « Climatérique» recevaient les «Hiverneurs» de France et de l’Est algérien.   A côté du Casino des Falaises se trouvaient le tennis, les restaurants “la Guinguette”, “Bagatelle” et quelques villas. Le Casino était un endroit réputé… pouvaient-on lire sur  les guides  Thiolet de 1937.

Les pêcheurs à la ligne des quartiers de gambetta, de Saint -Eugène et des quartiers populaires préféraient les rochers à demi immergés qui longeaient la côte oranaise au pied des falaises de Canastel et plus près de la Cueva del Agua (la cova lagua), pour la variété de leurs poissons. Encore que, la déverse des égouts de la ville attirait une variété particulière de poissons; les mulets. Les plus débrouillards pêchaient au loin en barques «faites-maison» : les Botes à ventre arrondi ou les Pasteras à fond plat.

Annexes

C’est en m’inspirant de l’ouvrage du Docteur Shaw, des lectures des sites de nos compatriotes, de la Revue Africaine, notre trésor “national”, que j’offre aux Oranais d’abord, puis à tous les autres curieux,  ces quelques lignes historiques  sur Canastel et Kristel.

Je vous signale, si vous ne le savez pas déjà,  que l’on peut consulter par internet et/ou télécharger les premiers 80 volumes de la Revue Africaine, véritable trésor de connaissances,  fondée par Louis-Adrien Berbrugger (1801/1869).
http://www.algerie-ancienne.com/livres/Revue/revue.htm
puis, dans ce site ci-dessous se trouvent aussi des livres anciens sur l’Algérie que l’on peut télécharger
http://www.algerie-ancienne.com/index.htm
 

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