
Les insolites d’Oran
La Mairie, ses Lions et le nom d’Oran
Tous les oranais connaissent et aiment leur Mairie, surtout leurs lions qui en gardent l’entrée. Beaucoup d’entre eux, ont gravi l’escalier d’honneur et glissé affectueusement leurs mains sur les larges rampes brillantes et lisses, en Marbre-onyx d’Algérie(1). C’est un matériau translucide, compromis entre le marbre et l’albâtre. Il existe en de nombreuses teintes et variantes (blanc, jaune, rouge, vert).
Mais ne le dites pas aux oranais, déjà et depuis 1875, les rampes du grand escalier de l’opéra de Paris était du même marbre-onyx des environs d’Oran, et les lions de notre mairie ne sont qu’une copie de ceux de la mairie de Paris.
Mais tout ceci mérite une explication, et un peu d’histoire.
La Mairie de la Place d’Armes.
Mr Floréal Mathieu, maire d’Oran de 1878 à 1882 et de 1886 à 1892, a le privilège de poser la première pierre de la Mairie d’Oran le 14 juillet 1882, et de procéder à son inauguration, malgré une interruption de son mandat pendant 4 ans(2). Ce même jour, il avait enfoui dans le trou, que viendrait cacher la pierre, comme le veut la coutume, une boite de plomb contenant une plaque d’argent et quelques pièces de monnaies de l’époque.
La construction de l’Hôtel de Ville fut achevée en 1888. Mr Pallu(3), nouveau propriétaire des carrières de marbres-onyx d‘Algérie, avait fait don à la ville, de toute la matière première nécessaire à la construction de l’escalier intérieur dit d’honneur, rampes et balustres comprises.
Pour la petite histoire, et bien avant, Jean-Louis-Charles Garnier a dessiné le Grand Escalier de 30 m de hauteur pour l’Opéra de Paris inauguré le 15 janvier 1875, en s’inspirant de celui du grand théâtre de Bordeaux, et qui sera réalisé par le fondeur Ch. Matifat avec, comme on l’a écrit plus haut, le marbre-onyx de la province d’Oran. Seule la rampe monumentale aux balustres de griotte rouge portant une main courante de marbre-onyx, reposant sur un limon vert de Suède, vient d’Algérie, les marches sont en marbre blanc d’Italie.
Et les lions ?
Le conseil municipal, décidément très actif, contacte un des plus grands sculpteurs animaliers connu à cette époque. Il s’agit d’Auguste Caïn(4). Il veut des lions. Le sculpteur accepte le marché. Les perspectives de la mairie d’Oran et celles de la Mairie de Paris, côté 5 rue Lobau, sont presque semblables. Grand escalier à l’avant, façade monumentale, et lions majestueux assis, de part et d’autre. Mais, Caïn, est un artiste, et il ne veut pas deux œuvres identiques. Il décide donc de procéder de la même façon, en y ajoutant toutefois une légère différence. Ceux de Paris ont la queue qui passe devant la patte arrière. Ceux d’Oran auront la leur qui se déroulera derrière. Cela n’empêche pas que ce sont des copies.
Malgré cela, je trouve que les nôtres sont mieux. La position de la queue du lion d’Oran, indique une activité, il est prêt à bondir, tandis que l’autre, le parisien, est placide, il est au repos. Les lions seront installés à leur place en 1888.
Albert Camus dont on dit qu’il n’aima pas Oran, ni ses monuments, déclara à propos d’Auguste Caïn, en 1939, que son « œuvre était sans importance » dans laquelle « l’esprit n’y est pour rien, et la matière pour beaucoup. La médiocrité veut durer par tous les moyens, y compris le bronze(5) ». Il se rattrapera par la suite. Grâce à son livre « La Peste », il contribue à faire connaître Oran dans le monde. Son jugement sur notre belle ville natale est sévère. Elle ne le mérite pas.
Et le nom d’Oran ?
Quand au nom d’Oran(6), qui signifierait « Les Lions », il viendra à point pour expliquer la présence de ces deux lions à La mairie. Selon les langues, plusieurs orthographes et significations existent et s’accordent en cela: Arabe, Touareg, Libico-berbère.
La vérité est plus complexe, nous l’aborderons dans un autre article.
Notes
1 – Mines de marbre, exploitées par les Romains, dans la province d’Oran. Mises en exploitation en 1875 par Jean Baptiste DEL MONTE,un marbrier de Carrare (Italie), en 1849.
2 – F.Mathieu 1878/1882, M. Rey, fin 1882/1883, P.Ayme en 1884,F.Mathieu 1886/1892 (Les maires d’Oran).
3 – JB Delmonte avait cédé ses droits en 1858 à la COMPAGNIE des MARBRES-ONYX d’ALGÉRIE fondée par Alphonse Pallu.
4 – Auguste Caïn- (1821 – 1894) Paris.
5 – Oran la joyeuse (page 267), par Alfred Salinas- 2004.
6 – D’après Edgard Attias, dont je signale son travail sur l’histoire de la ville d’Oran, il n’y aurait pas de rapport entre ces lions et l’étymologie du nom de la ville que l’on connaîtra 50 ans plus tard.




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